Résidence dans le cadre du Festival Afropixel 2010

Audry LISERON-MONFILS

Artiste plasticien, BELGIQUE / GUADELOUPE

20 avril - 20 mai 2010

Né en Guadeloupe, Audry LISERON-MONFILS vit et travaille en Belgique. Depuis ses premiers travaux en 1994, on peut relever une pratique récurrente, basée sur la recherche et l’expérimentation, qui inclue des installations, performances et vidéos pour une orientation artistique proche d’un art d’attitude.
« Mes activités de “recherche” consistent à intervenir dans le contexte urbain et plus précisément à faire du lieu un espace à investir. Quand je suis dans la ville, je ne vois pas la ville, je ne vois pas les gens ; tout se passe comme si je devais créer dans la ville, un espace en aparté, afin de redéfinir des opérations, tendre vers une visibilité. Michel de Certeau, dans L’invention du quotidien a écrit ceci : “Dans cet ensemble, je voudrai repérer des pratiques étrangères à l’espace “géométrique” ou “géographique” des constructions visuelles, panoptiques ou théoriques. Ces pratiques de l’espace renvoient à une forme spécifiques d’opérations (des “manières de faire”), à “une autre spatialité” (une expérience “anthropologique”, poétique et mythique de l’espace) et à une mouvance opaque et aveugle de la ville habitée. Une ville transhumante, ou métaphorique, s’insinue ainsi dans le texte clair de la ville planifiée et lisible.” »

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Bref générique à l’issue de la résidence

« _ Les voix provenant des minarets ont déterminé mon sommeil, mon réveil. Dakar sera matinal !
Ainsi régulièrement, sur toute la période de résidence artistique, j’ai fais usage de mes chaussures comme d’un outil à scruter, à arpenter les routes et les chemins non familiers.
Faire en sorte de prendre la ville par surprise. Marcher pour évaluer la consistance du « bout du petit matin » cher à Aimé Césaire. Mettre en mouvement son corps silencieusement en marchant pour incarner le regard et ne point le domestiquer. Faire en sorte que les choses observées, les gestes usagers, même infimes se muent en expressions singulières. Marcher enfin en se situant en marge de l’homme moderne. Cet homme qui « rentre chez lui le soir épuisé par les fatras d’événements - divertissants ou ennuyeux, insolites ou ordinaires, agréables ou atroces –sans qu’aucun d’eux se soit mué en expérience (pour reprendre Giorgio Agamben dans « Enfance et histoire ») Alors pour valider formellement ma mobilité j’ai pensé à « fossiliser » mon outil de prospection, mes chaussures. Car marcher c’est aussi rentrer en mémoire (par rapport au continent Africain) et mettre en mémoire ou consigner le foisonnement de gestes qui concernait mon corps, « des gestes usagés » qui s’activaient sous mes yeux et interpellaient. Consigner mes déambulations après le bout du petit matin.
Ainsi le dispositif que j’ai amorcé à Kër Thiossane à l’occasion d’Afropixel a été installé pour valoriser une procédure plastique : celle qui consiste à faire du cheminement un moyen de dialoguer avec le territoire. Il faut bien comprendre que l’objectif était de livrer une monade, une entité faite de d’objets identifiables réalisés avec peu de matière. Travail de dessin qui s’est montré sous la forme de dispositifs. Les « fossiles de chaussure » ont pu exister par l’importance des sacs en plastique qui jalonnent l’espace urbain, les rues investies et caractérisées par la présence actives de plusieurs corps de métiers. Les artisans défiant le temps, les technologies. Un menuisier a fait preuve d’habileté/rapidité en me fabriquant des petites tables. Leur design a été déterminé par des étales de chaussures observées au bout d’un petit matin. »