Emmanuel Louisgrand - GreenHouse :


Emmanuel Louisgrand est Stéphanois d’origine mais depuis quelques années, il partage sa vie et sa pratique d’artiste entre les villes de Saint-Etienne et de Turin.
Héritier du Land Art et du Minimalisme, il se revendique également de l’Arte Povera. Son travail consiste en la création de jardins artistiques en milieu urbain, impliquant souvent la participation des riverains. Il a d’ailleurs investi de nombreuses parcelles dans l’espace public en Région Rhône-Alpes, comme à Saint-Etienne, Lyon, Roannes, Annecy, Isle d’Abeau, Saint-Paul Trois Châteaux...

En résidence au PAV (Parc d’Art Vivant) de Turin depuis 2009, il persévère dans la création d’oeuvres végétales pérennes, qui s’apparentent également à des sortes d’ateliers à ciel ouvert, en constante évolution.
Emmanuel Louisgrand, en parallèle de sa carrière d’artiste, est également investi, de manière active, dans la scène culturelle Stéphanoise, en tant que fondateur et directeur de Greenhouse (espace associatif, existant depuis 1996, dédié à l’art contemporain, l’architecture et le design).

http://www.dda-ra.org/fr/oeuvres/LOUISGRAND_Emmanuel


Quelques articles :

Emmanuel LOUISGRAND - le 15 Novembre 2013

Emmanuel Louisgrand

« L’artiste peut donner du sens, offrir une échappatoire face au monde saturé d’images qui sans cesse capture notre attention sur des produits marchands . » Interview d’Emmanuel Louisgrand, Artiste Jardinier, créateur des jardins de l’îlot d’Amaranthes, dans le septième arrondissement de Lyon.
Propos recueillis 4 novembre 2005 par Catherine Panassier à l’occasion de la publication du gros plan sur « ville et jardins », agenda métropolitain, printemps 2006.

Dès 1993, votre diplôme de l’école des beaux-arts de Lyon en poche, vous vous êtes passionné pour la création à partir d’un travail sur le végétal. Cette volonté vous a amené à prendre comme atelier un jardin et à installer votre résidence d’artiste au coeur des jardins ouvriers de Saint-Étienne. Puis, progressivement, vous avez travaillé sur différents projets qui marient ville et campagne, design et paysages.
Qu’est-ce qui vous a conduit à vous engager sur cette voie de création ?
Je souhaitais travailler avec le végétal pour son caractère vivant, aléatoire, évolutif. L’idée de travailler en extérieur et de m’inscrire dans les cycles de vie propres au végétal m’attirait également. Au fur et à mesure de mes créations et de mon implication dans ce domaine du design et de l’environnement, mon travail a évolué vers une réflexion plus large sur l’espace public.

Comment vous êtes vous impliqué dans ce projet d’intervention sur ce délaissé urbain qu’était l’îlot Amaranthes, à l’angle des rues Sébastien Gryphe et Montesquieu dans le septième arrondissement ?


Je connais Eric Deboos et Laurent Lucas, directeur de la Galerie Tator depuis très longtemps. Nous étions aux beaux-arts ensemble, nous avons toujours gardé des relations et, comme galeristes, ils attendaient le moment opportun pour m’inviter à oeuvrer. J’avais suivi l’excellent travail de la Galerie à travers l’opération Superflux. Cette dernière consiste à réunir, chaque année au moment des fêtes du huit décembre, de nombreux artistes d’horizons variés pour réaliser des créations lumineuses inédites dans une quarantaine de lieux du quartier de la Guillotière.

En voulant produire un projet artistique sur l’îlot d’Amaranthes autour de l’idée de jardin, la Galerie a souhaité aller plus loin encore. En effet, elle n’avait pas eu jusqu’à ce jour d’expérience sous cette forme, du vivant et de la durée. Un projet artistique certes, mais sur un no man’s land , l’îlot d’Amaranthes étant le titre que je lui ai donné par la suite. La galerie en me soutenant sur ce projet a étendu son champ d’action sur l’espace public, nous nous sommes naturellement trouvés. Le principe de questionner ce lieu par le biais de l’art, de lui redonner un statut, d’inviter les spectateurs, non pas au spectacle d’un « résultat » mais à l’organisation d’une évolution, de leur offrir une intervention du temps sur l’espace, de capter leur attention sur quelque chose de vivant, est une démarche personnelle déjà entamée, que je souhaitais alors poursuivre et partager en milieu urbain, dans l’hyper centre.

Le projet est né en 2003 et a évolué au cours des trois années qui ont suivi. D’une première phase de présentation d’une oeuvre vivante dans un espace fermé à la construction d’espaces ouverts en concertation avec des habitants et des commerçants du quartier, la démarche s’est fortement modifiée. Qu’est ce qui a porté ces évolutions ?

L’aspect évolutif est le propre de ce type de projet et ce qui me motive. Nous ne sommes pas dans un cadre figé, mais dans l’idée de créer des rencontres, des échanges, de confronter des approches, des idées pour que l’intervention trouve pleinement du sens.
L’idée au départ était d’offrir une oeuvre à regarder vivre. Ainsi, j’ai conçu une serre à base de tubulures métalliques massivement végétalisée : un écrin de verdure. Lorsque j’ai réalisé le projet, les premiers contacts ont eu lieu. Me voyant travailler, curieux, les passants s’arrêtaient, des échanges s’amorçaient.

Ces derniers ont été développés à travers les vernissages que la galerie a régulièrement organisés à chaque moment important de l’évolution du projet. Des personnes sont venus m’aider puis sont devenues de vrais acteurs du projet. Mon souhait de rencontre a rejoint le désir d’habitants de partager un moment autour d’un projet de ce type, vivant et participatif. Ainsi, nous avons élaboré ensemble la deuxième phase du projet, avec, dans un premier temps, la création de parcelles « privatives » qui sont très vite redevenues collectives. Nous avons déchargé 180 tonnes de terre végétale criblée ! La troisième phase a consisté à planter des arbres, des robiniers, sur un espace minéral complètement ouvert et traversant et à installer du mobilier urbain adapté au site et aux usages. Les douze fosses d’arbres ont nécessité l’enlèvement de 101 tonnes de mauvaise terre et le remplacement par 86 tonnes de terre végétale. Nous avons travaillé sur les couleurs et les essences. Du mois de mai à la fin du mois de juillet, nous nous réunissons chaque semaine pour organiser l’entretien du jardin et échanger sur le devenir du projet. À l’avenir, l’idéal serait de trouver une composition, un fonctionnement, une réglementation pour arriver à doter l’espace d’une identité propre connue et reconnue. Mon objectif est de conforter l’aspect artistique du site tout en intégrant des éléments à vivre, des jeux par exemple…

S’associer à une Galerie d’Art pour intervenir sur un espace public, en partenariat avec des habitants et des commerçants du quartier, dans le cadre d’un projet porté temporairement par la politique de la ville, n’est pas une démarche ordinaire ni facile.

C’est vrai. Avec Christelle Morel, chef de projet de cette opération pour la galerie, nous avons l’impression d’agir sans référence et d’innover tant au niveau du cadre que de la démarche. La remise en cause est permanente. Nous rencontrons régulièrement les élus lors de réunions de travail organisées par l’équipe DSU (Développement Social Urbain ; Politique de la ville).
Ces réunions permettent de décider de la progression du projet en fonction de ses évolutions.
Il faut intégrer le fait que nous travaillons avec un « feu vert », une sorte de carte blanche accordée sur références, et non pas dans le cadre d’une commande publique avec un cahier des charges détaillé. En ce sens, nous progressons avec les élus dans une nouvelle forme de gestion de l’espace public et, si cette démarche peut parfois être inconfortable, elle n’en demeure pas moins intéressante et riche d’enseignements.

Qui assure l’entretien de l’îlot ?


L’îlot est constitué de trois espaces. La galerie est, par convention avec le Grand Lyon (propriétaire du terrain), gestionnaire des deux premiers espaces, la serre et les jardins. Le troisième, l’espace planté et complètement ouvert, est géré par la Direction des espaces verts de la ville de Lyon. Nous avons un correspondant au sein de la mairie du septième avec qui nous travaillons en étroite collaboration.

Comment le projet a-t-il été financé ?


Le projet a été présenté dans le cadre de la politique de la ville, ce qui suppose un multi financement sur trois ans. Ainsi, la Ville de Lyon, la DRAC (FIV), la DDE et la Région Rhône-Alpes nous ont apporté pour la réalisation totale du projet, 15000€ en 2003, 25000€ en 2004 et 31000€ en 2005. Pour l’année 2006, nous recherchons de nouveaux financements.

Aujourd’hui, l’îlot est un lieu d’animation que diverses associations ou structures du quartier se sont approprié. Que s’y passe-t-il exactement ?


Le jardin accueille des artistes pour des installations lumineuses dans le cadre de l’opération Superflux. Mais, il est également utilisé pour d’autres manifestations à l’exemple du grand bal du 14 juillet organisé par l’association de la rue des Asperges, de la fête de la boulangerie du Prado, de soirées dégustation du caviste « le verre coquin », les soirées « clavecin-merguez » de la galerie Tator…
Ainsi l’îlot est- il devenu non seulement un lieu de spectacle vivant et de jardinage, mais aussi un véritable lieu d’animation où le quartier convie la ville à partager un moment d’émotion autour d’oeuvres d’art ou se retrouve pour partager un moment festif.

Pensez-vous avoir contribué à l’amélioration de la vie quotidienne du quartier ?


La dynamique autour de ce projet comme l’apport du végétal au coeur de ce quartier particulièrement dense, a probablement contribué à améliorer, à son niveau, la vie quotidienne des habitants de ce quartier. C’est en tout cas l’objectif que nous avons poursuivi. Je suis convaincu que l’artiste a un rôle à jouer au niveau social. Il peut donner du sens, offrir une échappatoire face au monde saturé d’images qui sans cesse capture notre attention sur des produits marchands. À travers ce projet, notre volonté était de capter le spectateur, le passant sur quelque chose de vivant.

Paris-Art

Présentation
Emmanuel Louisgrand
L’îlot d’amaranthes



L’Îlot d’Amaranthes est né d’une triple rencontre entre un artiste, une galerie d’art contemporain et un territoire urbain. Pressentie de très longue date, cette rencontre fut initiée par un apprentissage commun sur les bancs de l’école des beaux arts de Lyon. Ecole où les fondateurs de la galerie Roger Tator, Eric Deboos et Laurent Lucas, s’essayaient déjà à des projets urbains utopiques au sein de l’option design d’espace publique et où Emmanuel Louisgrand, futur artiste et déjà jardinier, commençait à se rapprocher des végétaux. 
Quelques saisons plus tard, sa pratique artistique affirmée avait trouvé maturité lors d’une résidence au sein de la ville d’Istre où il fut question déjà de jardin contemplatif, de grillage et de poules. Le moment du territoire approchait et cette troisième rencontre attendait depuis encore plus longtemps. 
Il n’y avait qu’à choisir parmi les parkings improvisés, dents creuses et autres délaissés urbains de la Guillotière, quartier de croisement multiéthnique de la rive gauche de Lyon. Le choix se porta sur le plus grand, le plus beau, le plus emblématique de ces espaces en devenir, à l’angle des rues Montesquieu et Sébastien Gryphe.

La rencontre ne pouvait être ailleurs, entre penseur et imprimeur.
Quelques esquisses plus loin, Emmanuel Louisgrand proposa L’Ilot d’amaranthes. 
Ce fut l’année caniculaire et la serre ensemencée des plantes céréalières d’Amérique du sud livra sa jungle, moins urbaine celle-là.
Successivement, sur quatre années, l’ilôt n’eut de cesse de s’agrandir.
Offrant aux riverains des carrés de terre à cultiver en 2004 puis une place publique ombragée en 2005 et enfin une prairie à fleurir en 2007 mais aussi au quartier, une identité à entretenir.
L’amaranthe à la réputation de ne pas se faner, d’autres associations, dans le sillage végétal et urbain, ont vu le jour et avec elles des jardiniers ont reverdi quelques dents creuses, à eux maintenant d’alimenter cette oeuvre.
Nous autres, « galéristes », voguons pour d’autres... utopies.

Laurent Lucas


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10 octobre 2013
Par chairecoop